• « Les jeunes générations face à la politique. Héritages, recompositions, inventions »

    « Les jeunes générations face à la politique. Héritages, recompositions, inventions » Anne Muxel, sociologue, directrice de recherches  CNRS en science politique du CEVIPOF, auteur de «  Avoir vingt ans en politique,les enfants du désenchantement » (Seuil 2010) a proposé le mardi 21 mai 2013 une conférence sur le thème  : « Les jeunes générations face à la politique. Héritages, recompositions, inventions »

      LES JEUNES GÉNÉRATIONS FACE  A LA POLITIQUE. Héritages, Recompositions, Inventions

     Si le temps de la jeunesse se marque par un certain retrait de la participation électorale, en revanche il ne se caractérise pas par une dépolitisation. Les jeunes sont bien présents sur la scène collective et font preuve d’une grande réactivité politique, mais qui se détourne des organisations et institutions politiques traditionnelles. La diffusion d’une protestation politique devenue familière signe l’expression d’une  politisation qui se fait plus au travers du refus que de l’adhésion.

     Si les jeunes sont critiques et plutôt défiants à l’égard du personnel politique, des partis et de la politique politicienne, ils sont aussi en demande de politique. Pragmatisme, efficacité et autonomisation sont les maîtres mots d’une action politique plus expérimentale que par le passé, car sans cesse à renégocier et à réajuster, dans un contexte général d’individuation et d’affaiblissement des allégeances partisanes et sociales.  

     Les fractures sociales qui traversent la jeunesse se traduisent par des fractures politiques significatives. La jeunesse scolarisée et la jeunesse non scolarisée n’ont pas le même rapport à la politique. La première vote et conteste davantage. La seconde est plus en retrait de toute forme de participation politique. Mais l’une et l’autre partagent néanmoins une même communauté de destin fortement affectée par le sentiment d’une précarisation croissante de leurs conditions de vie et d’avenir.

     Avoir vingt ans en politique : vers une citoyenneté critique ? Point de vue à débattre…

     
    Ci dessous un article de Catherine Halpern dans la revue Sciences Humaines n° 218:
     
    Comment se construisent les convictions politiques de chacun ? La sociologue Anne Muxel s’attache aux prédispositions sociales et historiques, mais insiste aussi sur le poids des affects et les émotions.
    Avec ténacité, Anne Muxel creuse son sillon. Livre après livre, elle n’a de cesse de comprendre comment se construisent les identités politiques. Pas seulement dans l’espace public, mais dans l’intimité même de chacun. C’est là sans nul doute ce qui fait l’originalité de son approche. Pourquoi sommes-nous de gauche ou de droite ? Comment nos convictions politiques se forment-elles ? En bonne sociologue, A. Muxel juge cardinales les prédispositions sociales et culturelles, mais insiste aussi sur le poids des affects et des émotions, le fruit des rencontres et cette part de libre arbitre qui habite chacun de nous. Sinon, comment comprendre, explique-t-elle, qu’au sein d’une même fratrie, les chemins sociaux, professionnels mais aussi politiques puissent être si différents ?

    Les convictions politiques comptent pour beaucoup dans la construction personnelle. Dans Toi, moi et la politique (Seuil, 2 008), A. Muxel allait au cœur même des rapports amoureux scruter la manière dont les individus négocient leurs valeurs politiques. Elle montrait que les conjoints sont souvent du même bord. Et quand les convictions divergent, elles tendent à miner inlassablement le couple. A. Muxel offre donc un autre regard sur la politique, plus personnel et plus intime… 

    Et pour cause. La sociologue s’est d’abord attachée à la mémoire familiale et à la transmission intergénérationnelle. C’est sous la houlette du socioanthropologue Georges Balandier qu’elle a fait sa thèse où elle menait l’étude d’une famille sur trois générations. Sa rencontre avec la sociologue Annick Percheron, pionnière en France dans l’étude du rapport des jeunes à la politique, la conduit à recentrer son travail sur le politique. Chercheuse au Cevipof à l’IEP-Paris depuis vingt-cinq ans, elle cherche à saisir toujours et encore la négociation que fait chacun de nous entre la part de social qui l’habite et la part plus personnelle et individuelle qui nous constitue.

    Les jeunes ne sont pas apolitiques 

    La jeunesse apparaît comme un moment clé dans la socialisation politique. C’est l’âge où l’individu doit négocier entre son héritage familial, scolaire, historique et ses nouvelles expériences. C’est un temps de crise de l’identité, un temps où les valeurs se cristallisent. C’est donc sans surprise que depuis son livre Les Jeunes et la Politique (Hachette, 1996), en passant par L’Expérience politique des jeunes (Presses de Science Po, 2001), jusqu’à Avoir vingt ans en politique, son dernier livre paru au Seuil cette année, A. Muxel a fait du rapport des jeunes à la politique l’un de ses principaux axes de recherche. 

    Aujourd’hui, la jeunesse tient à distance les partis politiques. Il y a assurément crise. Pour autant, A. Muxel refuse avec force le discours de la déploration des aînés. « Les jeunes sont en attente de représentations, de projets, mais à part la nostalgie, les lamentations, ils ne reçoivent pas grand-chose. La transmission, explique-t-elle, n’est pas seulement la transmission d’un passé, c’est d’abord un mouvement vers le futur. Or les aînés peinent à se représenter l’avenir. D’où beaucoup d’angoisse. » Elle rejette l’idée d’une jeunesse dépolitisée. «  Les jeunes sont très présents dans le débat social, dans les mobilisations collectives… Et quand l’enjeu leur semble important, ils participent aux élections. Ils ne sont pas apathiques, repliés sur eux-mêmes et leurs seules préoccupations personnelles ; ils font de la politique autrement… »

    Pour l’heure, A. Muxel a un autre projet de livre. Elle veut comprendre comment les convictions évoluent dans le cadre d’un même parcours de vie. « En vieillissant, on peut changer de camp politique, changer de convictions, moi je veux étudier comment l’individu va négocier avec lui-même pour apprivoiser ces ruptures, ces changements de bord, ces conflits intérieurs. »


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